Mon coeur est mal fagoté, ça je l'ai compris depuis un certain temps. En d'autres termes, il est un peu du genre paresseux en raison d'un défaut de fabrication originel (je suis donc né avec un vice caché...) appelé « bradycardie sinusale ». Pour parler français, le sinus du coeur (grosso modo, c'est l'amorce de la pompe, c'est un peu lui qui fournit l'électricité...) étant défaillant, j'ai un rythme cardiaque trop bas en général, au repos en particulier où il peut descendre jusqu'à 35 pulsations par minute, voire un peu moins s'il le faut. J'ai tout du sportif au long cours, sauf que je ne suis pas du tout sportif... Mon coeur n'est cependant pas un feignant absolu, car il m'autorise les efforts physiques en accélérant normalement son pouls lorsqu'il le faut. C'est gentil de sa part. Seulement, dès lors que j'arrête l'effort en question, ce salopard prend illico ses RTT et s'arrête de bosser, provoquant la chute brutale de mon rythme cardiaque et, du même coup, de sévères chutes de tensions pouvant aller jusqu'aux malaises les plus désagréables... Je t'en foutrai des 35 heures... Tiens, si je pouvais, je le remplacerais par un coeur japonais, au moins, eux, ils ne prennent pas de vacances... OK, leur moteur est bridé, mais on peut toujours bricoler...
Voilà pour le descriptif rapide. En conséquence et en l'absence temporaire de stimulation, je dois donc, comme on dit, me ménager et ne pas m'adonner à une activité trop intense. Ce à quoi je m'applique méthodiquement, avec, il faut le reconnaître, une réelle aisance. Au point que j'en viendrais à penser que le travail n'est pas mon propre. Mais c'est là une autre histoire.
Mais le phénomène le plus perturbant se produit en réalité une fois que je suis couché, lorsque je parviens au repos complet. Mon rythme cardiaque atteint son seuil « plancher » et je ressens comme un drôle de flottement, j'ai l'impression que l'environnement autour de moi commence à vaciller et je n'ai pas d'autre solution que d'engager une lutte discrète dans le seul but d'exercer l'activité physique minimale qui fera remonter mon pouls. Et j'ai beau savoir que le phénomène est parfaitement expliqué du point de vue médical, je ne peux m'empêcher d'être gagné par une légère angoisse qui traîne dans un coin bien enfoui de ma tête au moment où je m'endors.
Raison pour laquelle il m'arrive de me réveiller au beau milieu de la nuit, certainement histoire de vérifier que ce feignant de coeur n'a pas décidé, une bonne fois pour toutes, de s'arrêter. En gros, je me réveille pour vérifier que je dors bien. Mais non, à 3 heures du matin cette nuit, j'étais bel et bien vivant et pour me rendormir, j'ai allumé le poste de radio niché juste au-dessus de ma tête. Deux charmantes dames nous exposaient doctement le problème de la sexualité des enfants. Passionnant. Le retour aux limbes était garanti sous dix minutes, je me suis très vite rendormi, contrairement à cette autre nuit où je dus subir brutalement les assauts vocaux d'une certaine Nolwenn Leroy. Comment peut-on être aussi cruel avec les auditeurs noctambules ? Ça va pas la tête ? Ah ben là, je peux vous assurer que le rythme de mon coeur a connu une accélération brutale et que le pace maker n'état plus utile durant un bout de temps. Sauf que sur ce coup-là, j'étais à la limite de la crise cardiaque... et que ma bradycardie n'aurait pas le moins du monde été en cause !