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  • Epique Epok

    9f16ad6a41a81a14b983043904a39e0b.jpgJ'ai reçu ce matin le troisième volume de la série de DVD - "Mythes et Légendes 35 ans de musique" - retraçant les quatre semaines de concerts donnés par Magma dans le cadre intime et chaleureux du Triton en mai et juin 2005. Cette "epok 3", pour reprendre une terminolgie dûment estampillée kobaïenne, est passionnante à plus d'un titre. D'une part en raison du répertoire proposé : "Köhntarkösz" (1973) tout d'abord, l'oeuvre majeure du groupe (ce jugement n'engageant que moi il est vrai, mais je sais que nous sommes nombreux à penser ainsi), majestueuse et intemporelle, longue quête de plus de 30 minutes d'un homme qui "plonge en lui-même, gravissant degré après degré les profondeurs de la conscience", ainsi qu'une version au final non achevé de ce qui sera le prochain disque du groupe, "Ëmëhntëht-Rê" (1976), et dont on connaît il est vrai depuis longtemps une grande partie des mouvements qui le composent ; une autre grande suite que Magma a remis sur le métier depuis son concert à l'Olympia en janvier 2005. Sans oublier l'aérien "Lïhns", très peu joué sur scène et deux extraits du disque "Attahk", "Nono" et "The Last Seven Minutes". Avec en bonus une seconde version de cette dernière composition, mais dans un cadrage 100% Vander qui ravira les admirateurs, voire les groupies énamourées, du batteur aux bras et torse velus. Et puis... et puis, je m'autorise un petit clin d'oeil à mon amie Stella pour lui faire savoir ici combien j'apprécie la justesse de sa prestation, en particulier sur "The Last Seven Minutes" ; elle aussi semble goûter tout particulièrement ce répertoire à très haute teneur énergétique.

    Ce qui, par ailleurs, suscite l'intérêt dans cette nouvelle production, ce sont les retrouvailles avec Benoît Widemann, dont le mini-Moog fait merveille. Ce musicien élégant et raffiné apporte à la musique de Christian Vander une coloration unique et chatoyante, toute en subtilité et volubilité (ce que permet l'instrument à condition d'en être un expert, et tel est bien le cas...) comme sur les splendides chorus qu'il donne sur "Köhntarkösz". On est heureux de pouvoir admirer son talent incomparable et je me permets de préciser ici que notre homme aux claviers magiques viendra faire un nouveau petit tour avec Magma dans le cadre de la prochaine édition des Nancy Jazz Pulsations, en octobre prochain, pour un condensé en deux soirées des quatre "epok". Avis aux amateurs donc. D'autant qu'un autre monstre sacré de la galaxie Magma sera de la partie, en la personne de Jannick Top. La scène de "L'Autre Canal" va vite passer dans la quatrième dimension ! Ambiance surchauffée (et pour notre bonheur à tous sans fumée) assurée, les organisateurs peuvent se frotter les mains dès à présent.

    Ce DVD tombe à pic par ailleurs parce qu'il sera disponible dès lundi lors de la nouvelle semaine que Magma va passer au Triton, du 11 au 16 juin. Et j'imagine très aisément que les hordes de fans - dont l'inconditionnalité inaltérable, habillée de noir et décorée d'une menaçante griffe dorée, marque de fabrique du groupe depuis le premier jour, est quasiment sans équivalent dans le monde de la passion musicale au point, pour certains, de tenir Christian Vander pour plus qu'un musicien extraordinaire, ce qu'il est à n'en point douter, mais comme un maître à penser, ce qui est une autre paire de manches... ou de baguettes devrais-je dire - vont se ruer sur le stand de Seventh Records pour en faire l'acquisition. Que les impatients cependant n'espèrent pas se mettre dans les oreilles des nouveautés dans le répertoire que le groupe proposera la semaine prochaine. A priori, la "nouvelle musique" de Christian Vander n'est pas à l'ordre du jour et Magma va continuer, comme il le fait depuis décembre 1996 et à l'exception de quelques trop rares et courtes compositions inédites ("La ballade" par exemple), à revisiter son répertoire, dont la quasi intégralité, faut-il le rappeler, fut composé durant la première moitié des années 70, avec un incroyable prolixité ! N'oublions que le dernier disque studio en date de Magma, "K.A", bien qu'enregistré pour la première fois en 2004, est constitué d'une longue suite composée... en 1973 ! Mais que les magmaphiles de tout poil n'en oublient pas pour autant de savourer les premières parties de cette série de cinq concerts, et en particulier le très beau Ellul Noomi, dont il fut question ici lors de la sortie de son premier disque sur Ex-Tension Records.

    On attendra désormais avec gourmandise le dernier volet de la saga "Mythes et Légendes" avec une "epok 4" où deux jeunes soufflants (Aymeric Avice et Hugues Mayot) seront de la fête pour une interprétation de la dernière grande oeuvre de Magma, "Zëss" (qui sera bientôt certifiée 30 ans d'âge... et qui pourrait être - mais je mets beaucoup de réserve et de conditionnel dans mon propos - le prochain gros chantier en studio lorsque le travail sur "Ëmëhntëht-Rê" sera achevé) et de "K.A". Avec en prime sur cette ultime DVD deux autres belles mais courtes compositions : "Otis" (dédié à Otis Redding bien sûr) et "The night we died".

    Quant à tous ceux d'entre vous qui ne pourront pas se déplacer, il leur reste une manière très simple de se procurer dès lundi ces beaux témoignages en allant naviguer du côté de la boutique de Seventh Records.

    Enfin, pour ce qui est de la suite qui sera donnée à l'épopée Magma, elle reste un mystère typiquement vanderien que l'on résumera par cette phrase présente sur bien des pochettes du groupe : "To be continued..."
    MAGMA :
    - Stella VANDER : chant, percussions
    - Antoine PAGANOTTI : chant
    - Himiko PAGANOTTI : chant, percussions
    - Isabelle FEUILLEBOIS : chant, percussions
    - James MAC GAW : guitare
    - Emmanuel BORGHI : Fender, claviers
    - Benoît WIDEMANN : Fender, claviers
    - Philippe BUSSONNET : basse
    - Christian VANDER : batterie, chant

  • Le Lann Top : le mariage du ciel et de la terre

    Ah qu’il fait du bien ce disque ! Je vous ferai grâce du contexte personnel et des heures difficiles vécues concomitamment à sa découverte même si, peut-être, finalement, il aura été un soutien précieux pendant ces jours de larmes. Je préfère de très loin évoquer ici toutes ses qualités : une belle énergie, le bonheur des retrouvailles avec deux musiciens qui se faisaient décidément trop discrets sur la scène hexagonale, l’idée que la confrontation de deux personnalités qu’on n’attendait pas forcément côte à côte a donné naissance à un vrai projet artistique qu’on voudrait croire durable.

    e79a742050417b6c792b8215975658d3.jpgFaisons rapidement les présentations : ci-devant monsieur Eric Le Lann, trompettiste breton de son état, qui s’est illustré depuis plus de vingt-cinq ans auprès de grands messieurs tels que René Urtreger, Jean-François Jenny-Clarke, Henri Texier, Bernard Lubat, Patrice Caratini sans oublier Martial Solal. Les jazzophiles auront même pu le reconnaître à l’affiche du film de Bertrand Tavernier, « Autour de Minuit ». Eric Le Lann a également eu l’occasion de créer son propre quartet dans les années 80 mais s’était éloigné de la scène depuis une bonne dizaine d’années, donnant la priorité – et on ne saurait le blâmer – à ses deux filles jumelles ainsi qu’à la création d’une école de musique en Bretagne. Le Lann est un musicien lyrique, habité, aérien, qui commençait à nous manquer sérieusement.
     
    Quant à son complice Jannick Top, est-il utile de le présenter, lui qui avait totalement investi l’univers magmaïen de Christian Vander à l’époque de « MDK » ou « Köhntarkösz » dans la première moitié des années 70, avant de se lancer dans une aventure sans lendemain baptisée Vandertop ? Un duo explosif pour une série de concerts en 1976, qui restent encore dans les mémoires de quelques aficionados. Après quoi il décida d’investir le champ de la variété française et de proposer ses services à quelques célébrités dont le moins qu’on puisse dire est qu’elles ne font pas partie de mon univers artistique … Oh, il y eut bien la création du label Utopic Records et l’édition de quelques précieux enregistrements ; il y eut aussi d’épisodiques retrouvailles avec Magma en mai 2005, qui suscitèrent les railleries de quelques fans encore coincés dans leurs vieux souvenirs et qui hurlèrent au blasphème au prétexte que monsieur Top avait eu l’idée saugrenue de glisser une suite de Bach dans un chorus. Une suite de basse en quelque sorte. La rumeur bruissait également d’un possible nouveau disque sur lequel Christian Vander himself serait aux baguettes (information confirmée depuis et même au-delà puisqu’il semble bien que d’autres membres de l’équipage Magma soient venus faire un petit tour en studio). N’étant pas musicien, je ne saurais vous expliquer correctement en quoi le jeu de Top est si particulier ni même vous décrire la puissance de son son (j’aime bien ça, son son !). Les musicologues vous expliqueront qu’il accorde sa basse comme un violoncelle, un octave plus bas. Pour faire beaucoup plus simple, nous dirons que notre Jannick aimé a un son énorme qui vous vrille les tripes à la première mesure. Si Eric Le Lann est le ciel, lui est la Terre et ses entrailles, sa musique gronde et l’on ne rappellera jamais assez à quel point la part qu’il prit dans l’aventure Magma fut déterminante, contribuant pleinement à l’avènement de « Köhntarkösz », qui reste de très loin la plus belle réussite discographique du groupe et dont, par ailleurs, le propos « philosophique » suscite le moins de polémiques. Ici, point de peuple qui s’évanouit dans l’espace sous les injonctions de celui qu’il tenait pour un tyran, point de suspecte dissolution du moi dans la soumission à un être supérieur. Non, plus simplement, le cheminement d’un être pas à pas dans les degrés de la conscience. Ce qui, on en conviendra, est déjà tout un programme.

    C’est bien gentil tout ça, mais je m’éloigne du sujet. Revenons donc à nous gloutons : d’un côté, les chaudes envolées jazzy, quand il ne s’agit pas de cris lancés crânement au vent d’une tempête annoncée, par une trompette dont la sourdine n’est pas sans nous rappeler celle d’un certain Miles ; de l’autre les assauts rageurs d’une basse qui emporte tout sur son passage et propulse tous les musiciens vers les hauteurs stratosphériques d’une musique retrouvée. L’histoire veut que chacun des deux musiciens ait apporté son lot de compositions et qu’après une mise en commun, tous deux aient décidé de les co-signer. Soit. On n’aura néanmoins aucune difficulté à identifier les origines génétiques de chacun des neuf titres, inutile donc d’en appeler à une recherche en paternité ni à un test ADN. Que celui qui osera me dire, par exemple, qu’une composition telle que « Spirit » n’est pas d’une certaine façon la parfaite continuité d’un « Soleil d’Ork » (remember « Üdü Wüdü) me jette sa première corde ! Qu’il essaie de me convaincre que « Mysterious City », après deux premières minutes très clairement inspirées du « Matin des Noire » d’Archie Shepp, ne lui explose pas au visage comme le firent en leur temps des compositions entrées dans la légende kobaïenne ! Non, les parentèles sont bien identifiées et pourtant, leur juxtaposition fonctionne parfaitement. Il y a en effet une surprenante complémentarité entre deux univers qu’on n’aurait pas forcément imaginé voir se marier d’une façon aussi naturelle. Eric Le Lann crée la respiration là où Jannick Top vous prend à la gorge et leurs forces unies tendent vers un équilibre où l’angoisse rôde certes, mais parfaitement stable. Et il serait injuste de ne pas citer les musiciens qui, à leurs côtés, contribuent pleinement à la réussite de ce projet dont on aimerait se convaincre qu’il va durer : Damien Schmitt à la batterie et Lionel Louéké à la guitare et au chant, sans oublier quelques amis de passage comme le guitariste Jean-Marie Ecay.

    « Le Lann Top », disque résolument convaincant, va s’installer durablement en haut de la pile de vos CD de chevet et si, tel ce grand monsieur contrebassiste récemment rencontré, vous n’avez pas l’heur de disposer d’un chevet, débrouillez-vous pour le glisser en bonne place sur votre iPod préféré ou tout autre compagnon de voyage et vous en régaler les écoutilles. Vous vous en sentirez instantanément beaucoup mieux !!!

    A commander d’urgence sur www.nocturne.fr !
    En attendant cet achat hautement recommandé, prenez un vivifiant acompte en écoutant un petit extrait du disque appelé «Middle Access»…