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  • Mon chirurgien est en pleine forme !

    J'ai reçu hier soir un coup de téléphone du Docteur D., celui qui va bientôt m'implanter mon nouveau pace maker. De retour d'une semaine de vacances, il s'est bien entendu enquis de mon état a-stimulé et m'a longuement parlé de son séjour du côté de Méribel, l'une des stations de cette belle région qu'on appelle « Les Trois Vallées ». Il est de retour et il va très bien, merci pour lui.

    Tiens, le plus amusant, ce serait d'essayer de vous reconstituer au mieux notre savoureux dialogue. Il flottait dans notre conversation un petit je-ne-sais-quoi de surréaliste qui m'a littéralement enchanté. Et puis, et puis... cette sensation diffuse d'être perçu par le corps médical comme une sorte de petit rat de laboratoire, ... Je ne garantis par l'exactitude de chaque mot prononcé, mais ce dont je suis certain, c'est que ma retranscription en traduit assez fidèlement l'esprit.

    « - Allo ! C'est le docteur D., comment allez-vous sans votre pace maker ?
    - Beuh... pas trop mal, faut dire aussi que je n'ai pas abusé des efforts inutiles...
    - Mais vous avez senti une différence depuis une semaine ?
    - Beuh... ben... je suis resté au calme, j'ai pas fourni d'efforts inutiles...
    - Oh, je reviens de vacances. On a super bien skié, il faisait un temps magnifique. On était à Méribel.
    - Ah oui, je connais bien les Trois Vallées, mais l'été, hein, parce que moi, le ski...
    - Et puis on avait un hôtel à Brides-lès-Bains.
    - Je connais Brides-lès-Bains, c'est là que j'allais faire mes courses au supermarché, au Super U.
    - Une demi-heure en oeuf et hop, on était sur les pistes, c'est pratique. Vous devriez essayer de faire un effort violent, pour voir ce que ça donne.
    - Beuh... je sais comment ça fait, hein ? J'ai déjà pas mal donné... Et puis, je suis allé chez le cardiologue, il a bien vu que ma bradycardie était toujours aussi nette !
    - Ouais, ouais, mais vous savez, je suis certain qu'aujourd'hui, j'arriverais à le remettre en route, votre pace maker...
    - Hmmmouais, vous pensez que vos vacances lui ont fait du bien ? Pas sûr hein, et puis, il a quand même quinze ans.
    - Ah, ben oui, c'est vrai, il a fait son temps et on l'avait donc pas posé pour rien notre pace maker ! Le seul problème, c'est qu'il n'y avait pas énormément de neige. Trop de soleil.
    - Ah bon ? Z'avez eu du beau temps ?
    - Magnifique, mais ça fait fondre la neige.
    - Oui, parce qu'ici, du côté des Vosges, on dirait qu'il y en a assez de la neige et puis, c'était bien, il ne faisait pas trop beau.
    - J'aurai pas le pace maker avant le 1er mars, enfin, le modèle dont je vous ai parlé.
    - Euh... ça fait peut-être un peu long, non ? Parce que j'ai déjà commencé la diminution de mon traitement anti-coagulant, en prévision. On avait dit que mon INR devait passer au-dessous de 2, non ?
    - Oui, c'est bien ce que je me dis. Mais bon, moi, l'INR, je m'en moque un peu, j'ai déjà opéré avec un taux supérieur, ça c'est bien passé. Bon, oui, ça fait long quand même. Oh, Mais y a un autre modèle, équivalent, hein ?
    - Ah ? Et çui là, on peut le poser rapidement ?
    - Oui, début de semaine prochaine ? Oh, on était bien dans notre hôtel, c'était vraiment pratique, on prenait les oeufs et on était tout de suite sur les pistes. C'était une belle semaine de vacances.
    - Euh... ben, ch'sais pas moi, le lundi 13 ?
    - Alors... oui, vous rentrez en clinique le 13 après-midi, on pose le pace maker le 14 et vous sortez le soir ?
    - Oui, c'est bien ça.
    - Non, franchement, le ski juste avant l'arrivée des parisiens, c'était un régal, un temps magnifique, et puis notre hôtel, vraiment très bien. Chambre seul ou à deux ?
    - Euh, ben, euh... plutôt seul si c'est possible, plutôt seul.
    - Bon, ben on se tient au courant, je vous rappelle un peu avant. A bientôt ! »

    C'est tout de même rassurant, vous ne trouvez pas, de savoir que celui qui va pratiquer sur vous une opération – même si pour ce qui me concerne, celle-ci est on ne peut plus bénigne – est au mieux de sa forme ! Et puis, comme dirait ma chère et tendre épouse, quoi de mieux que la perspective d'avoir « un nouveau coeur » le 14 février, soit le jour de la Saint-Valentin !!!

  • "Benêt-volat"

    Y a des jours, comme ça, où je me dis que je suis tout de même un peu con ! Je m'en suis aperçu hier lors de ma visite chez le cardiologue.

    Pour que vous compreniez bien, je dois néanmoins vous apporter quelques précisions sur le contexte : je ne vais pas voir n'importe quel cardiologue. Celui-là fut autrefois le propriétaire de la maison que j'ai louée durant 12 ans (le lieu enchanteur où la Fraise et Saxoman ont vu le jour, fait leurs premiers pas, grandi...), c'est lui qui a veillé sur moi il a 15 ans lorsque j'ai dû me faire implanter ce stimulateur cardiaque en instance de remplacement et nous avons, petit à petit, fait en quelque sorte partie de son cercle familial. Nous étions voisins, nos maisons n'étant distantes que de quelques mètres et nichées dans un magnifique coin de verdure quelque part à Nancy. Mais je suis aussi devenu pour lui une sorte de "conseiller informatique", lorsqu'il a commencé à s'équiper en Macintosh et en PC, j'ai formé sa secrétaire, j'ai toujours veillé par ailleurs à ce qu'il bénéficie des services des prestataires les plus compétents. Et je suis resté pour mon cardiologue une sorte de "hot line" bienveillante.

    Hier donc, j'ai dû me rendre à son cabinet pour un petit check-up : je vois d'ici que tous, vous frémissez d'inquiétude ! Non, pas de panique, mon coeur tient le coup, sa forme est plutôt bonne, même si son défaut de fabrication est, lui, bien là : un sinus cardiaque très très paresseux, une pulsation à 50 alors que je ne suis pas au repos et que je ne suis pas spécialement sportif non plus... et qui descend à 35 au plus noir de la nuit. On appelle ça une bradycardie (du grec bradus qui signifie lent... c'est le Littré qui dit ça, donc ça doit être vrai). Une fois débarrassé des mètres cubes de gel qu'il me fallait ôter avec un essuie-tout qui vous gratte les dessous de bras, une fois rhabillé (à ce moment-là, vous vous apercevez que vous avez oublié un bon gros paquet de gel, là, juste au niveau des côtes, qui vient coller à la chemise toute propre que vous aviez préparée pour l'occasion...), me voilà en train de signer un chèque d'un montant fort sympatique ma foi, 101,70€, pour une prestation somme toute assez courte, entre un quart d'heure et vingt minutes. Mais bon... je ne dis rien, c'est un métier, cardiologue...

    A peine rechaussé, voilà t-y pas que mon spécialiste m'appelle du fond de son local d'examen (hum hum, j'ai l'impression que le coup était prémédité parce qu'il n'y avait pas de client après moi...) avec un air un peu ennuyé pour m'expliquer qu'il avait un gros souci : pas moyen d'enregistrer avec le graveur de DVD connecté à son échographe. "Ca ne marche pas, j'obtiens juste une image complètement pixellisée, je ne vois rien"... Un problème ennuyeux pour lui, parce qu'il semble maintenant obligatoire pour ces professions médicales de garder une trace informatisée de leurs examens. Il fulmine contre le mode d'emploi qui lui présente une télécommande avec des touches que lui, ne voit pas sur la sienne. "C'est quand même incroyable, je n'ai pas la même télécommande que sur le mode d'emploi...". OK, chef, on va voir ce qu'on peut faire... Je vérifie les branchements, c'est bon de ce côté là ; je regarde les principales commandes du graveur de DVD et commence à me pencher sur le cas de cette drôle de télécommande. Je compare scrupuleusement avec le dessin du mode d'emploi et, hop là ! Je fais coulisser vers le bas la partie inférieure de la zappette et que vois-je ? Les touches mystérieuses ! Ô miracle ! Quel talent ! Du coup, l'utilisation du graveur de DVD s'en trouva fort simplifiée et après deux ou trois essais et exercices pratiques concluants, je n'eus aucune difficulté à convaincre mon cardiologue qu'il allait maintenant devenir un expert en maniement des images archivées.

    La seule différence, c'est que ma prestation fut on ne peut plus bénévole... Vous imaginez l'intervention d'un spécialiste, le déplacement... J'ai fait un rapide calcul et je me suis rendu compte que même en divisant par deux mon tarif par rapport au sien, il me suffirait de travailler moins de 20 heures par mois pour toucher le même salaire brut que celui que l'Education Nationale me verse généreusement.

    C'est là que je me suis trouvé un peu nigaud tout de même. Ah, le bénévolat, c'est bon pour les consciences mais alors, pour le porte-monnaie, c'est pas le pied !

  • Pour nos châteaux, chinons...

    Maintenant que je suis propriétaire d'une maison, il est un rendez-vous télévisuel que je me dois de ne manquer sous aucun prétexte, l'émission « Question maison », diffusée sur France 5, la chaîne des profs (euh, notez bien, je ne suis pas prof, mais par ici, il y en a une forte concentration, alors ça crée quelques obligations professionnelles...), le dimanche à 20 heures. Avant, je n'en avais pas le droit puisque ne possédant qu'un appartement, j'aurais eu l'impression de resquiller, de m'immiscer dans un univers dont je ne faisais pas partie. Et puis, j'avais beau chercher dans les programmes de mon magazine de télé favori (enfin... il m'énerve quand même un peu celui-là, je l'achète parce que justement on n'y parle pas que de télé, mais des fois, ce serait bien si les journalistes voulaient bien se décoincer une fois de temps à autre... vous voyez duquel je veux parler ? Eh les copains, vous avez le droit de rigoler de temps en temps, c'est pas une maladie honteuse le rire...), nulle trace de « Réponse appartement » ou quelque chose dans ce genre-là. Donc, dès mon titre de propriété en poche, je me suis vautré dans mon canapé et là, j'ai savouré le bonheur d'être un possédant, j'ai pris mon calepin et mon stylo et n'ai pas perdu une miette d'une heure hebdomadaire qui est un bonheur sans égal !

    Le seul truc qui me gêne, c'est que juste avant, y a un programme de jardinage avec un présentateur auquel j'ai envie de filer une paire de baffes tellement il est insupportable et une co-animatrice qui se croit obligée d'arborer des tenues adaptées à la situation, bref habillée comme un sac de compost. Et entre les deux, une séquence musicale et des chanteurs avec des guitares et des textes qui ont tendance à se la péter un peu, comme on dit de nos jours...
    Mais revenons à nos moutons, ou plutôt à notre maison...

    Il y a d'abord le présentateur, Stéphane je ne sais plus comment, qui nous dit avec conviction le sommaire tout en arpentant énergiquement les abords de la maison qu'il va nous proposer de découvrir. Lui, c'est un type simple, il prépare ses émissions à fond, ça ne fait aucun doute, mais il le fait tellement bien qu'il répond à ses propres questions à la place de ses interlocuteurs quand il les interroge. On voit qu'il a longuement discuté, qu'il s'intéresse vachement, il est bien documenté... sauf que ça nous donne un dialogue assez étrange, où le questionné n'a d'autre solution que de répéter platement dans le mode affirmatif ce qu'il vient d'entendre en mode interrogatif :

    - Alors là, vous avez choisi une peinture bleu canard pour tous les murs du rez-de-chaussée ?
    - Oui, j'ai choisi une peinture bleu canard pour tous les murs du rez-de-chaussée.
    - C'est formidable, le revêtement de votre cuisine, on dirait du métal, mais en fait, c'est une imitation en plastique.
    - Oui, c'est une imitation en plastique.
    - C'est beaucoup plus facile à entretenir ?
    - Oui, c'est beaucoup plus facile !

    Et comme ça, pendant toute la visite des lieux... Car le fil rouge de l'émission, c'est la découverte d'une maison (en général de la taille d'un château, ou, plus modestement, un petit 250m2 en plein coeur de Paris avec jardin bien sûr), dont le prix de revient final n'est jamais évoqué. C'est la maîtresse de maison qui nous accueille (oui, pourquoi c'est toujours une madame ?), elle a la petite quarantaine, elle est toujours décoratrice d'intérieur ou exerce un métier prétendu artistique, elle a de jeunes enfants a qui elle a aménagé des chambres beaucoup plus exiguës que son dressing, et pour tout dire, elle est la plupart du temps fort antipathique, voire un tantinet condescendante. On la devine mariée, on subodore que l'époux n'est pas sans revenus, loin s'en faut, mais le conjoint est systématiquement invisible. Interdit de séjour et je soupçonne notre Stéphane d'entretenir avec ses hôtes de coupables relations aldutérines ! Le mari, il ramène les brouzoufs à la maison pendant que madame décore, ponce, repeint et... chine !

    Attention, mesdames et messieurs, vous êtes là au coeur de l'émission !!! Oui, car ces dames de « Question Maison » ont toutes une passion dévorante : elles ne vont jamais taquiner le brocanteur pour marchander, elles n'usent pas leurs semelles aux puces, non non non ! Elles CHINENT ! C'est incroyable ce qu'elles peuvent chiner nos copines de Stéphane, y a pas un objet dans une pièce qui n'ai été chiné (sauf s'il est le résultat d'un de leurs spendides travaux personnels, il faut bien l'avouer ou, comme l'autre jour, le fruit d'une découverte via Internet. Notre hôte d'un soir s'était prise de folie pour des têtes d'animaux illuminées qu'elle avait installées en appliques et achetées à un créateur en Afrique du Sud. Faut aimer quand même...). D'ailleurs, si vous regardez un jour l'émission et que votre intérêt retombe petit à petit au fil des minutes, ce qui n'est pas impossible, vous pourrez toujours vous amuser à compter le nombre de fois où le verbe chiner (sous toutes ses déclinaisons) aura été prononcé (surtout que, comme je vous l'ai déjà expliqué, l'animateur aime énormément inclure les réponses dans ses questions... donc, faites gaffe parce que des fois, ça sort en rafales), vous verrez, ça occupe bien. Celui qui gagne a le droit de réciter le verbe chiner à l'imparfait du subjonctif !

    Et puis, et puis... la séquence culte de l'émission, la rubrique que vous connaissez tous... mesdames et messieurs, j'ai nommé « Le SOS maison » ! Alors là, silence dans les rangs, c'est un must. Le principe est simple : vous, modeste propriétaire d'un appartement de 13m2 dans lequels vous circulez difficilement, vous, votre mari et vos enfants, vous souhaitez qu'un magicien de l'aménagement intérieur, trouve LA solution à tous vos problèmes de rangement. C'est très simple, vous écrivez aux responsables de l'émission et, moyennant une chance sur 2500 que votre dossier soit retenu, vous avez le plaisir d'entendre votre carillon sonner : « Bonjour, Philippe Demougeot, SOS Maison » et tatata, c'est parti ! Le monsieur, comme ça, en deux secondes, vous fait un sublime croquis de votre intérieur (il m'énerve celui-là, à dessiner aussi bien, j'ai même remarqué un truc, il arrive toujours à bien gommer, jamais le papier ne se froisse...), avant et après les transformations (bon, faut être honnête, on voit bien que le type est déjà venu faire un sérieux repérage et que son entrée est un peu bidon, mais le moyen de faire autrement ? L'émission, elle peut pas durer trois semaines, hein ?) et vous demande ce que vous en pensez. Là, c'est l'unanimité : « Roooh ! C'est fantastique ! ». Moi, j'attends toujours la réaction de celui ou celle qui va dire : « Beuh non, c'est nul ton truc ! J'veux pas de mini-bar derrière le frigo et pis, les murs en placo peints en violet avec les spots qui nous brûlent les cheveux, ben j'aime pas trop. Et t'as vu où tu me fais dormir les mômes ? Dans notre chambre (hé, ducon, y a qu'une chambre... tu veux qu'on les mette où, tes mômes ?), même pas caché derrière un voile mauve, on voit tout à travers. Tu parles, dans un an, il va nous mater, on fera quoi à ce moment-là ? ». Faut dire que c'est l'émission qui paie, ou plutôt c'est le sponsor, une grande chaîne de bricolage dont le nom évoque un enchanteur, alors ça limite quand même les critiques ! « Ah bon, ça vous plaît pas, mon rangement coulissant sous la table du salon qui sert de bureau pour votre ordinateur ? Ben t'as qu'a te payer les travaux toi-même, banane ! ». Nous, on a bien essayé de proposer des travaux pour notre nouvelle maison, mais on attend toujours la réponse et puis, je crois bien qu'il est trop tard. Peut-être aussi qu'on était un peu gourmands, z'ont sûrement pas voulu financer 15.000 € de travaux... Faut dire que comme c'était gratuit, on avait mis le paquet : escalier intérieur, rénovation de l'électricité, papiers peints, portes de placards et tout le toutim... J'espère qu'ilsvont pas se réveiller maintenant, parce que c'est trop tard, on a commencé le chantier...

    Voilà, vous savez l'essentiel de « Question maison ». A la fin de l'émission, assis à côté de son hôte qui a du mal à réprimer un baillement, notre Stéphane  nous fait un peu de publicité pour quelques gros livres, très chers et avec beaucoup d'images, vous savez, ceux qu'on feuillette une fois et qu'on n'ouvre plus jamais et puis... raah, c'est fini ! Il faut attendre la semaine suivante.

    Vous ne me croyez pas ? Rendez-vous ICI, on peut même regarder l'émission sur Internet !

    PS : comme en écho à cette note que j'avais écrite depuis quelque temps déjà, France 2 nous proposait hier soir dans son journal de 20h un reportage consacré à quatre jeunes salariés en CDD qui ne parviennent pas à se loger. Trop cher, les bailleurs veulent du CDI, bref la galère. La seule solution qu'ils aient trouvé pour l'instant consiste à louer une caravane qu'ils ont aménagée avec les moyens du bord. Pas de chauffage, pas d'eau courante, tout cela dans un hangar sinistre. Ce serait bien si madame Chineuse et monsieur SOS maison venaient leur donner un petit coup de main, non ?

  • Défaut intelligence

    C'est quand même extraordinaire : alors que samedi j'étais un citoyen lambda des plus ordinaires, j'entends par là que rien ne me dissociait a priori de la grande majorité des gens de par mon mode de vie, je dois à nouveau me glisser dans la peau d'un malade, tout cela parce que mon crétin de pace maker a décidé de prendre un congé sans solde, sans donner le moindre préavis. Je ne vous cacherai qu'étant un adversaire assez redoutable de toute forme de maladie (ma thrombo-phlébite géante de l'année 1979 s'en souvient encore, elle a voulu me faire passer l'arme à gauche quand j'avais 21 ans mais, t'are ta gueule à la récré, ma vieille, je suis toujours debout et je t'emmerde... 1000 excuses pour cette grossièreté mais avec ce genre d'ennemis, seule la force fait loi), je supporte assez mal d'être obligé de me couler dans ce moule médicalo-assisté auquel je ne peux pas toujours échapper, parce que je suis somme toute un être humain assez raisonnable...

    Il faudra que j'arrête de balancer plein de trucs entre parenthèses et que je songe à raccourcir mes phrases, vous ne trouvez pas ?

    J'ai entamé hier après-midi mon petit marathon personnel qui me fait rendre visite à différents médecins ou éminents représentants du corps médical : ma généraliste tout d'abord (paraît que c'est obligatoire maintenant avant de voir n'importe quel spécialiste) avec laquellej'orchestre pour demain une visite chez mon cardiologue (ben oui, parce qu'avant, c'est certain, de temps à autre, je me disais : "tiens, quoi faire aujourd'hui ? Oh, chouette, je vais aller chez mon cardiologue !" Dis, m'sieu le ministre de la Sécu, tu crois vraiment qu'on va voir un cardiologue dans le seul but d'aggraver ton déficit ?), puis une modification régulée de mon traitement anti-coagulant (j'avais oublié de vous raconter ça, mais avec un sang très liquéfié, on ne peut pas sans risque se faire charcuter...) qui va nécessiter un contrôle sanguin vendredi matin, puis un nouvel entretien avec ma généraliste qui, au vu des résultats, optera probablement pour une seconde modification entraînant elle-même un nouveau contrôle sanguin lundi matin. C'est bon, vous me suivez ? Et puis lundi, je dois faire le point avec mon chirurgien pour savoir quel jour il peut remplacer mon stimulateur, sachant qu'il me réserve je ne sais quel modèle "Medtronic" des plus perfectionnés, déjà commandé semble-t-il...

    Par conséquent l'ennui ne me guette pas. Et j'ai sur le grill quelques notes à rédiger sur mon blog : j'ai commencé un petit texte consacré à Terry Riley, il faut aussi absolument que je vous parle de Franck Zappa, j'ai enfin en chantier une petite chronique consacrée à une émission de télévision... and so on ! Et j'ai promis à Saxoman la mise à jour de son site Web.

    Pour couronner ce brillant emploi du temps, j'aurai aussi du pain sur la planche du côté de la maison Magma. Stella m'a longuement téléphoné hier pour prendre de mes nouvelles et nous avons bien sûr parlé de l'activité du groupe. Un DVD va bientôt sortir (fin mars probablement), il sera le premier d'une série de quatre qui verront le jour en 2006 et qui retraceront les quatre semaines de concerts que le groupe avait donnés l'an passé au Triton, en revisitant la quasi-intégralité de son répertoire et en appelant pour l'occasion des membres "historiques" tels que Klaus Blasquiz, Jannick Top ou Benoît Widemann. Comme d'habitude, c'est à moi que sera confié le soin de réaliser les pages de présentation de ces DVD sur le site Internet du groupe et d'orchestrer une petite campagne de communication.

    C'est tellement mieux ainsi ! Dire que l'inactivité me pèse est bien peu... C'est plus fort que moi, il faut que je crée, que j'imagine, j'ai besoin de projets en permanence et le rallye médecin-cardiologue-laboratoire-médecin-chirurgien ne m'enthousiasme pas vraiment.

    Ah, y a un autre truc chouette : j'ai déposé mon arrêt de travail au boulot hier et en bavardant avec quelques uns de mes collègues, je me suis rendu compte que j'avais échappé à une réunion de service, modèle du genre, guidée pour certains par une ligne de conduite très simple : "j'en fais le minimum, je raconte des bobards avec assurance, je refile le boulot aux autres et j'ouvre ma grande gueule !". J'en connais, s'ils étaient des chaudières, y aurait le message "DEFAUT INTELLIGENCE" qui s'afficherait en gros sur leur sourire hypocrite.

    Rien qu'à y penser, je sens que mon pace maker aurait envie de redémarrer tout seul... Du calme, cheval, du calme... Tu m'as laissé tomber, c'est bien fait pour toi, j'attends ton remplaçant. Trop tard pour avoir des remords, fallait y penser plus tôt !

  • Inactivité

    Faut que je m'habitue... Vivre au ralenti en attendant le sésame électronique qu'on m'a promis pour la semaine prochaine.
    M'adonner à quelques tâches domestiques, ben oui, quand même, je ne vais pas rester à la maison et attendre, les pieds sous la table, qu'on vienne me servir. Je veux bien calmer le jeu, comme on dit, mais pas devenir un parasite !
    J'en profite aussi pour faire le point. Je me dis que je suis parvenu à un âge où je ne dois pas culpabiliser sous prétexte que je ne vais pas travailler durant quelques jours. Au moins, j'ai une bonne raison que personne ne viendra me contester. N'empêche, brutalement, je me sens inutile et je pense forcément à tous ceux que la société rejette brutalement et qui, eux, ont mille fois plus de raisons que moi de ressentir cela.
    Il faut que je fasse du rangement aussi, dans la bibliothèque musicale qui est stockée sur l'un de mes disques durs. Je classe, j'indexe, j'en profite pour ré-écouter quelques vieilleries qui n'ont pas pris une ride. Tiens, faites-moi penser que je dois vous dire prochainement deux mots du compositeur américain minimaliste Terry Riley. Ecoutez donc son « A rainbow in curved air ».
    Et comme je suis une personne dotée d'un minimum de conscience professionnelle, je vais aussi m'attaquer à la rédaction d'un dossier sur l'entrée des jeunes dans la vie active en Lorraine. J'ai trois semaines pour le boucler. La technologie contemporaine me permet en cas d'urgence de recourir à ce télé-travail.
    Envie d'écouter en rafale la bonne quinzaine de disques du groupe de jazz-rock Weather Report, avec Joe Zawinul et Wayne Shorter. C'est plein d'énergie.
    Je crois que je regarderai un épisode des « Brigades du Tigre », ce sera ma Madeleine de Proust de la journée. Et puis, avec cette série, j'avais l'impression d'apprendre quelque chose, chaque épisode était bien situé dans un contexte et des événements historiques précis. Et j'adore les poursuites de voiture à 25 km/h !
    Demain, c'est promis, je m'attaque à la mise à jour du site Internet de Saxoman, depuis le temps qu'il me fait remarquer que pas mal de pages sont périmées.
    Envie aussi de laisser tomber certaines choses, je me rends compte que quelques activités ont bouffé pas mal de mon temps, je ne sais même pas si elles en valent la peine. Je me demande si je ne vais pas laisser tomber le Press Book de Magma sur Internet. Il faudrait que quelqu'un prenne le relais. Je ne suis plus très motivé. Fatigué surtout de certaines histoires.
    Raah, et puis il y a tous ces bouquins que je voudrais lire, ou relire. Il faut que je termine la série des romans de John Harvey et de son inspecteur Charlie Resnick.
    Il fait un froid de canard dans cette région, heureusement le soleil est de la partie. Mais j'ai des envies de Languedoc-Roussillon, de Bretagne, de Pays Basque...
    Envie de cinéma aussi.
    Finalement, je me demande si tout n'ira pas mieux quand j'aurai repris le boulot. Au moins, le cadre est fixé, les journées passent à vitesse grand V et je ne prends pas le temps de réfléchir.
    Je ne suis pas inquiet le moins du monde, cette opération est on ne peut plus bénigne. C'est juste cette dépendance à un objet qui, au-delà du bien fou qu'il vous procure lorsqu'il fonctionne, m'énerve un peu...