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  • Zeppelin de choses à vous dire !

    Voici une lettre que j'aurais pu adresser à Franck Tortiller, actuel directeur de l'Orchestre National de Jazz.

    Cher monsieur Tortiller,
    vous venez de publier le dix-neuvième opus d'une formation dite « institutionnelle », l'Orchestre National de Jazz, dont les 20 années d'existence ont vu se succéder, si mes comptes sont exacts, huit directeurs. Après François Jeanneau, Antoine Hervé, Claude Barthélémy (à deux reprises), Denis Badault, Laurent Cugny, Didier Levallet et Paolo Damiani, vous voici à la tête d'un orchestre réjouissant dont la récente production discographique me ravit à plus d'un titre !
    Car en effet, malgré le parcours qui est le vôtre, malgré les diplômes et premiers prix que vous avez accumulés depuis plus votre plus tendre jeunesse en percussion, analyse musicale, harmonie et contrepoint, ... vous auriez pu, comme d'autres, vous réfugier dans une attitude musicologisante (un néologisme que je revendique car on y devine ce que le suffixe « gisante » accolé à la musique laisse subodorer d'immobilisme) et refuser d'ouvrir vos oreilles à certaines formes d'expressions musicales ne recevant en leur temps qu'un rictus condescendant de la part de tous les savants qui, déjà, s'étaient enfermés dans le doux refuge du conformisme et la célébration des valeurs établies. Or, armé de votre flamboyante quarantaine, vous nous faites un plaisir infini en nous proposant de relire à votre façon le répertoire d'un groupe mythique du rock des années 70, le grand Led Zeppelin. Un pari d'autant plus risqué que la bande à Jimmy Page et Robert Plant avait fondé sa renommée mondiale sur un cocktail explosif d'électricité, de guitare et de chant et sur un sens évident de la mélodie. Tandis que chez vous, point d'électricité, point de guitare, les voix n'affleurent que de temps à autre dans de courtes envolées qui ne sont pas sans rappeler celles de l'incontrôlable Médéric Collignon (musicien de la précédente mouture de l'ONJ), vous vous présentez nu, avec votre petite armée de percussions et de « souffleurs » inspirés... et votre talent !
    Intelligemment intitulé « Close to Heaven », ce nouveau disque accomplit un miracle permanent : celui d'être lui-même sans trahir la musique qui l'a inspiré, il est comme une sorte de palimpseste jazz en transparence duquel les thèmes originaux sont toujours apparents, respectés, jamais dénaturés bien que profondément remaniés par des arrangements inventifs. Vous revisitez ainsi : « Black dog », « The rain song », « Dazed and confused », « Black mountain side », « Four sticks », « Stairway to heaven », « Kashmir » et « No quarter » et jamais notre attention ne se relâche. Est-ce dû à la pulsation colorée et tonique des vibraphones que vous vous partagez avec Vincent Limouzin ? A la présence constante de la contrebasse d'Yves Torchinsky ? A la toile rythmique tissée par  Patrice Héral et David Pouradier Duteil, vos batteurs, que viennent enluminer le saxophone d'Eric Séva, la trompette de Jean Gobinet, le tuba de Michel Marre ou le trombone de Jean-Louis Pommier ? A l'énergie que tous, vous semblez avoir déployée pour nous offrir cette heure à haute concentration énergétique ? C'est un peu tout cela et bien d'autres choses aussi, ce sont tous ces petits détails que l'on découvre au fil des écoutes.
    J'avais eu l'occasion, en octobre 2001, de venir vous écouter au Nancy Jazz Pulsations : vous étiez membre du Jazztet de Bernard Struber, qui interprétait ce soir-là une création dédiée au grand Franck Zappa (il me semble que cette dernière s'appelait « Zapp'Attac »). Entre marimbas et vibraphone, vous aviez illuminé cette soirée de toute votre élégance et j'attends depuis ce jour avec impatience le moment où je pourrai, à nouveau, participer à la fête que vous ne manquerez pas de donner. Avec l'Orchestre National de Jazz peut-être, ou dans un autre cadre, quelle importance  ? Où ? Quand ? Je l'ignore aujourd'hui mais ce jour viendra, forcément. Puisque vous ne trichez pas avec la musique, ma confiance en vous est totale et je serai heureux de vous le dire de vive voix si l'occasion se présente.
    En attendant, je savoure « Close to Heaven »... qui m'a redonné l'envie de me plonger à nouveau dans la discographie de Led Zeppelin, que je n'avais pas explorée depuis quelques années, faute de temps, mais aussi parce qu'il y a toujours tant de nouvelles aventures sonores à découvrir et que le temps passe si vite, malheureusement. Je suis donc sur le point de me ravitailler en « Black Dog », « Dancing Days », « Rock'n'Roll », « Stairway to Heaven », « Kashmir »... et tant d'autres inoubliables morceaux de bravoure ! J'imagine que vous ne m'en voudrez pas de délaisser un temps votre musique, persuadé au contraire que vous faites partie de ceux que l'on appelle les « passeurs », ces artistes qui ne cessent de jeter des ponts entre différents univers pour nous inciter, toujours, à rester en éveil. La meilleure preuve en est le second projet sur lequel vous travaillez avec l'ONJ et qui sera consacré... à la valse ! Je ne promets pas pour autant que je serai pris de l'envie irrépressible de me jeter sur « Le Beau Danube Bleu » après avoir découvert « Sentimental 3/4 », mais je sais que vous nous guiderez avec jubilation vers le monde du trois temps et que nous vous suivrons les yeux fermés... et les oreilles grandes ouvertes !
    Un grand merci à vous.

    Et pour en savoir plus : http://www.onj.org

    Sans oublier, bien sûr : http://www.led-zeppelin.com/

  • Carnet Rose

    Oh, je vous vois venir... Constatant la modification apportée au sous-titre de mon blog et l'apparition d'une phrase sentant bon l'autosatisfaction – Les parenthèses digressives de Maître Chronique – vous êtes déjà gagnés par la certitude que mes chevilles ont enflé, ou que, comme l'aurait dit mon grand-père dans ce langage fleuri qui parfois le submergeait, « je ne me sens plus pisser ». Maître Chronique... pourquoi pas « Chevalier de l'écrit », « Prince des Paragraphes » ou bien encore « Seigneur des Annotations », pendant que j'y suis ? C'est bien ce que vous pensez, n'est-ce pas ? Rassurez-vous, amis lecteurs, je ne fais qu'appliquer la vérité glaciale émise par un logiciel de reconnaissance vocale... Et je m'en vais vous expliquer d'où me vient ce nouveau titre de noblesse qui va, c'est un scoop, prendre la succession du désormais célèbre Y a K.A.

    Avant de commencer mon explication, je me dois de répondre aux nombreux courriers de mes milliers de lecteurs – qui me pardonneront de ne pas leur répondre individuellement, j'en suis certain, mais comment trouver le temps d'écrire à chacun ? – qui m'ont demandé de leur expliquer l'origine de mon nom : Y a K.A. La raison en est des plus simples : à l'automne 2004, le groupe Magma publiait pour la première fois depuis 20 ans un disque enregistré en studio appelé « Köhntarkösz Anteria » ou, plus simplement « K.A ». En tant que webmestre d'un site consacré à la planète Kobaïa, j'avais, comme beaucoup d'autres, pour mission de colporter la bonne nouvelle : Y a K.A ! Y a K.A ! Une invitation à l'achat et à la découverte de cette si belle musique, pas vraiment nouvelle toutefois puisque cette oeuvre fut en réalité composée en 1973 mais jamais enregistrée pour des raisons qu'il serait trop long d'expliquer ici. L'événement était là cependant ! Nous tenions là le premier disque studio de Magma depuis le très beau « Merci » en 1985 ! Il fallait bien l'annoncer et, à force d'incantations, cet appel m'est resté collé à l'identité pour de longs mois. Or nous sommes en février 2006, « K.A » est maintenant loin derrière nous et, en attendant son successeur « Emëhntëht-Rê », que l'on espère en 2007, il me faut désormais me réfugier sous une autre appellation. Partant de l'idée que « Y aura E.R » sonne plutôt mal, j'ai commencé mes recherches et j'ai failli adopter celle qu'a récemment inventée pour moi mon frère : Flying Stimulo Brother. Les initiés mélomanes comprendront l'allusion... Mais quelque chose me gêne dans ce nouveau nom : il est anglo-saxon ! Je n'ai rien contre la langue anglaise, loin s'en faut mais tout de même, tels les poulets de Bresse, confinons-nous en un espace protégé qui s'appelle France et optons pour un titre qui fleure bon notre terroir. Encore faut-il le trouver... Mais grâce à celui dont je vous fais partager les stimulantes aventures, mon Docteur D., la dénomination « Maître Chronique » m'est comme tombée du ciel. Laissez-moi vous expliquer, brièvement, comme d'habitude !

    J'ai compris maintenant que je suis pour le Docteur D. un vrai sujet d'études et qu'en m'implantant un pace maker de dernière génération, « intelligent » pour reprendre ses propres termes, il avait trouvé en moi le patient idéal, très atypique par comparaison avec sa clientèle habituelle, fort âgée et peu encline à lui fournir un compte-rendu détaillé de tous les symptômes observés à des fins d'études. Il est vrai que lorsque l'on a 90 ans, il est peu probable que les rafales de questions précises posées par le cardiologue trouvent souvent une réponse appropriée. Or, je suis un gamin, j'ai 48 ans, une espérance de vie de plusieurs pace maker devant moi, je suis donc à moi tout seul une inépuisable source d'informations. Ce que je vous explique est si vrai que mon cher Docteur D. m'a envoyé hier la première mouture d'un article consacré à mon cas et qui sera publié dans la revue spécialisée au nom très évocateur : « Stimucoeur ». La lecture de ces pages, écrites dans un style alerte malgré le nombre de détails techniques qui les parsèment, m'a notamment permis d'apprendre que je souffrais à l'origine d'une dysfonction sinusale avec insuffisance chronotrope sévère ! Vous m'en direz tant ! Depuis que je le sais, je me sens mieux. Mais je digresse, une fois encore. Or donc, j'étais ce matin une fois de plus à la clinique pour un énième réglage de ce miraculeux stimulateur, après avoir constaté que malgré la désactivation de tous les tests d'impédance deux jours plus tôt (c'est une façon de rendre le stimulateur plus bête qu'il n'est, comme dirait le Docteur D.), l'appareil avait une fois encore fait des siennes et s'était mis à tester comme un malade à 2h23 : 95 coups portés de l'intérieur et un réveil assuré en une fraction de seconde. Il m'avait déjà fait un gros clin d'oeil trois heures plus tôt en cognant 14 fois, une façon de me dire : « Tu vas voir mon gars, je vais bien m'amuser, je suis moins con que vous ne voulez l'admettre ».
    Ce matin donc, alors que le docteur D. m'avait relié à sa batterie bariolée de câbles électriques non sans avoir demandé à madame Y a K.A (qui ne savait pas qu'elle allait bientôt changer de nom et s'appeler très vite Madame Maître Chronique) de jouer les opératrices assistantes en lui confiant le soin d'appuyer sur un bouton vert puis un bouton rouge, nous évoquâmes cet article dont j'étais le héros (un peu involontaire quand même, hein ?) et qui n'en était qu'à sa version provisoire (au fait, on y verra ma belle radio, celle que je vous ai montrée avant-hier). Le docteur D. m'expliqua alors qu'il utilisait pour gagner du temps un logiciel de reconnaissance vocale et que, par conséquent, il lui suffisait de dicter nonchalamment à la machine un texte qui passait, miraculeusement, du stade oral au stade écrit... avec quelques surprises néanmoins ! Evidemment, on se doutera bien que les noms propres posent dans ce genre de situation quelques problèmes au logiciel qui va, très vite, s'égarer dans le monde merveilleux des propositions un peu absurdes. Ainsi en va-t-il de Medtronic, la marque de mon pace maker ! Mais oui, vous avez compris ! Quand le docteur D. dicte le mot « Medtronic » à son ordinateur, le logiciel s'obstine à écrire « Maître Chronique » ! Bingo ! Tope-là ! Adjugé ! Vendu ! C'est pour moi !
    Comment ne pas voir l'évidence ? Comment ne pas être frappé par l'intelligence de ce programme informatique qui, comme par magie, venait de relier mon cas médical rarissime et riche en surprises  avec l'écriture de ce blog ? Le doute n'était plus permis, j'allais devenir instantanément pour la blogosphère internationale celui qui, désormais, s'appelle : Maître Chronique ! Il ne faut jamais refuser les signes que la providence vous envoie.
    Bon ben, voilà, vous savez tout ! Vous voyez bien que j'ai fait court pour une fois.

  • Medtronic... ta mère !

    Aujourd'hui est jour de repos, après tous les efforts que je vous ai laborieusement décrits hier. Néanmoins, je ne pouvais laisser passer l'occasion de vous faire un petit cadeau. Enfin, sous vos yeux, l'objet mystérieux...

    medium_stimulo.jpg

    Voici donc, mesdames et messieurs, photographié deux fois la semaine dernière, celui qui m'a soutenu chaque jour depuis 15 ans maintenant et dont je vous ai - trop ? - longuement parlé : non non non, ce n'est pas une clé USB, vous avez bel et bien devant vous el señor Stimulo I, niché quelque part sous ma peau et dont vous admirerez, j'en suis certain, la belle ramification appelée sonde qui me stimule ventricule et oreillettes.

    Je n'ai malheureusement pas pour l'heure le droit de vous présenter Stimulo II, fruit des plus récentes recherches de la technologie médicale et dont les ressources électroniques internes sont toujours classées "Secret Défense" par les plus hautes autorités nationales dont je suis le cobaye consentant. Il n'est pas impossible que d'ici à une dizaine d'années, on me donne l'autorisation de vous en proposer une reproduction, bien que rien ne soit sûr à l'heure actuelle. Les pourparlers sont en cours, mais la négociation est âpre. D'autant qu'un phénomène mystérieux continue à se présenter sous la forme de 3 coups frappés toutes les heures, signifiant peut-être - oui, j'y crois vraiment - qu'en réalité, ce pace maker de dernière génération a déjà été implanté chez un acteur de théâtre qui serait brutalement décédé et qui souhaiterait ainsi se venger. Malgré les dénégations des ingénieurs de Medtronic, je reste convaincu de la forte probabilité de cette hypothèse.

    On vit vraiment une drôle d'époque...

  • Digressions... onze au grand maximum !

    Vivement que je reprenne le boulot. Ma convalescence est épuisante et je compte bien l'enchaîner avec une semaine de vacances durant laquelle le repos ne sera pas de mise... Je mène une vie harassante.

    Voilà plusieurs jours que je suis taraudé par l'idée de vous expliquer en quoi les heures que je vis actuellement sont, à mon grand désespoir, la source d'une fatigue que seule une reprise durable de mes activités professionnelles pourra peut-être éteindre. Prenons l'exemple de ce mardi 21 février 2006.
    Tout d'abord, un lever en pleine nuit, à 8 heures du matin, avec  tout juste assez de forces pour ramper jusqu'à la cuisine et m'écrouler sur une chaise, face à un petit déjeuner préparé par madame Y a K.A. Ben oui, je l'aurais bien fait moi-même mais pour cela, il aurait fallu que je prenne la décision de me lever en premier et donc, risquer de réveiller brutalement la même madame Y a K.A. Inconcevable...
    Les événements se sont ensuite enchaînés avec une brutalité que seule un vrai temps de repos en début d'après-midi me permet de vous faire partager. Il y a ces deux menuisiers, qui suent sang et eau – enfin, n'exagérons pas, de l'eau seulement – pour mettre en place un escalier intérieur que nous appelons de tous nos voeux depuis des semaines. Pendant qu'ils triment, je dois les encourager, mais aussi leur poser d'insidieuses questions pour savoir s'ils auront assez de leur journée de travail pour mener à bien cette tâche ingrate. Oui, parce que je me vois difficilement renouveler cette expérience demain, hein ? Trop fatigant... Surtout que lorsque je les sens faiblir, je m'empresse de leur préparer un café, dont on connaît les vertus stimulantes. Ils ne connaissent pas leur chance d'être ainsi assistés, bichonnés tandis que moi, je m'inquiète pour eux et m'épuise à petit feu.
    Je n'étais pas au bout de mon calvaire, loin s'en faut car il m'a fallu me faire conduire à la clinique pour un contrôle général du pace maker dont vous connaissez désormais les aventures depuis une semaine. Là encore, on n'imagine pas quelles ressources il faut mobiliser pour que le docteur D. – dont la Panhard noire de décembre 1957 trônait fièrement devant l'entrée, même que madame Y a K.A l'a prise en photo avec son téléphone et que, si je parviens à rapatrier la chose sur mon ordinateur, je vous la montrerai. La Panhard, pas madame Y a K.A ! – parvienne au réglage optimum. Il faut rester allonger, bavarder nonchalamment (allez savoir pourquoi je me sens moins idiot depuis que mon médecin préféré m'a appris pourquoi les têtes pensantes de Renault, avaient baptisé Vel Satis leur voiture « haut de gamme ». Je serais bien tenté de vous en expliquer la raison si vous l'ignorez, mais ce serait hors sujet, non ?), répondre à des questions sans bouger, surtout ne pas s'agiter. Le plus éprouvant étant de parvenir à un haut niveau d'abstraction dans la discussion et d'atteindre un stade de concentration que m'envieraient les champions français du biathlon (cf. plus loin):
    « - Ca vous fait mal comment ?
    - Beuh, 'fin, comme ça quoi... »,
    « - Le test d'impédance, c'était souvent ? La nuit ? Le jour ?
    - Oarf... oui, assez... même qu'hier soir, j'ai compté 86 secousses à 23h23... et 14 ce matin à 5h23».
    « - L'ingénieur de chez Medtronic, il dit que ça ne doit pas vous gêner la nuit...
    - Oh l'aut ! Même qu'une fois, vers 5 heures du matin, ça tapait tellement fort que ça a réveillé ma femme et il croit qu'on sent rien. L'a qu'à s'en faire implanter un s'il veut vérifier... De toutes façons, çui-là, il me plaît pas, même que mardi dernier, il a pas dit bonjour quand je suis arrivé ici pour le premier réglage».
    Tout cela en fait pour qu'au final, le docteur D. décide de désactiver la plupart des tests automatisés et, semble-t-il, parfaitement inutiles, puis décide de me priver d'une « stimulation ventriculaire superflue ». J'ai pas tout compris, mais c'est pas grave... Bon, vous voyez bien en quoi ce fut pénible, ce genre de choses... dont on attend qu'elles se terminent avec impatience. Trop d'engagement personnel, en fait...
    Mais aujourd'hui, je crois qu'une mauvaise étoile me narguait, malgré l'épaisseur des nuages lorrains (nuages lorrains, nuages lorrains... c'est peut-être un pléonasme, faut que je vérifie). Parce qu'à peine rentré chez moi, dans la désormais célèbre petite maison rose, madame Y a K.A, encore elle, se rua en cuisine pour me priver du plaisir de préparer le repas et me contraindre à allumer le poste de télévision et à encourager l'équipe de France de biathlon qui visait une possible médaille au relais 4 X 7,5 km. Je ne recommencerai jamais, ça je peux vous le jurer... Non mais sont complètement fous ces skieurs ! Ils tournent comme des malades sur une piste avec des côtes qui ont l'air assez raides, d'un seul coup, ils se couchent par terre et – bingo ! – ils visent à 50 mètres dans des cibles minuscules... Moi, à ce rythme-là, je ne tiens pas... Complètement crispé dans le canapé, hésitant même à déguster l'excellent plat de poisson qui m'était servi, haletant jusqu'à la dernière seconde. Oui, j'ai bien dit à la dernière seconde parce que justement, le français a arraché la médaille de bronze avec une avance d'environ un quart de demi-bout de spatule. J'ai vraiment cru que mon pace maker allait lâcher prise et que j'allais devoir rendre une deuxième visite à Panhardoman !!!
    Et pour finir, il y avait ce courrier glissé sous la porte... Raah... j'avais oublié... Deux places pour le théâtre Marigny, pour voir une pièce de Strindberg (va savoir pourquoi, quand j'écris ce mot, mon correcteur d'orthographe me propose : d'aubergines ! Il va pas s'y mettre aussi lui... à me fatiguer), « Mademoiselle Julie », le vendredi 2 mars. En plein pendant mes vacances et 24 heures seulement avant l'Olympia où j'ai promis d'emmener Madame qui n'a jamais vu cette salle.
    Franchement, je ne sais pas si je vais tenir le coup. Il va falloir que je fasse un break, et un sérieux. Je pense même que je vais renoncer à regarder cette semaine la saison 2 des « Brigades du Tigre », je peux difficilement puiser dans mes réserves et prendre le risque de prolonger cette inactivité dont j'ai de plus en plus de mal à m'extraire. C'est un peu contradictoire avec mon mot d'ordre d'hier, mais j'ai décidé, pour une fois, de m'adonner aux bienfaits de la procrastination !

  • Olivier Greif, in memoriam

    Je crois que jusqu'à mon dernier jour, je regretterai de n'avoir pas osé entrer en contact avec ce musicien découvert un peu par hasard et dont l'oeuvre est tout aussi atypique que magnifique. Pourtant, rien ne m'interdisait de le faire, je savais à quelle adresse lui écrire et s'il ne devait y avoir qu'un seul enseignement à tirer de ces quelques lignes – au-delà du désir que je souhaiterais susciter chez le lecteur d'en savoir un peu plus sur ce pianiste / compositeur hors normes – il tiendrait en seul mot d'ordre : halte à la procrastination !

    Durant plusieurs étés consécutifs, pendant la deuxième quinzaine de juillet plus exactement, j'ai eu la chance d'assister, chaque soir ou presque, à un concert de musique dite « classique » sous un chapiteau bondé de monde. Car en effet, la station alpine des Arcs organise depuis trois décennies une académie dont le principe consiste à réunir bon nombre de musiciens issus des différents conservatoires de notre belle France et de leur proposer de travailler durant la journée sous la férule d'un enseignant chevronné. Et pour les estivants qui choisissent d'aller s'oxygéner là-haut, entre 1600 et 1800 mètres d'altitude, un rendez-vous presque incontournable leur est proposé à partir de 20h30, sous la forme d'une soirée musicale gratuite où viennent se produire la plupart des musiciens chargés d'enseigner pendant la journée, mais aussi d'autres solistes invités pour l'occasion. Ce festival est une excellente manière de ne pas « marcher idiot » et d'aller à la rencontre d'une expression artisitique dont le répertoire allie un vrai classicisme à de nombreuses échappées vers des univers musicaux plus avant-gardistes, au grand dam d'une partie de l'auditoire, dont la curiosité semble s'être arrêtée au stade de la reconnaissance rassurante, alors qu'il est pourtant si essentiel de chercher à connaître.

    C'est dans ce contexte que j'avais pu découvrir le pianiste compositeur Olivier Greif. Né en 1950, ce musicien habité était non seulement un instrumentiste exceptionnel mais aussi un incroyable déchiffreur de partitions doublé d'un compositeur fascinant, dont la musique était très empreinte du mysticisme qui le caractérisait lui-même, aux dires de ceux qui l'avaient approché. D'apparence très simple, tout en rondeurs, Olivier Greif affichait une sérénité qui lui était parfois nécessaire lorsqu'il lui fallait surmonter les rumeurs émises par un auditoire souvent très conservateur et peu enclin à se faire bousculer par les envolées imprévisibles, hypnotiques, parfois dissonnantes de ses compositions. J'ai pu personnellement constater le phénomène la première fois où j'ai écouté l'une de ses oeuvres : « Veni Creator » ou, lorsqu'un beau soir, l'anné suivante je crois, Olivier Greif interpréta au piano sa splendide « Sonate de Guerre », un hymne déchirant d'une demi-heure en mémoire des martyrs de l'holocauste et des camps de concentration. On est loin, certes, du confort de velours qui vous enveloppe à l'écoute de Brahms, Mozart ou Schubert, car cette musique fait plutôt partie de celles qui vous serrent à la gorge et ne vous relâchent pas si facilement, cette sonate vous happe et vous laisse comme étourdi, un peu hébété, en particulier lorsque la dernière note de la Toccata s'est éteinte. Ou lorsque sont évoqués dans le premier mouvement le bruit des canons et des chants allemands.
    Olivier Greif a composé cette « Sonate de Guerre » en 1975 et il la présentait ainsi : « Elle est un vigoureux plaidoyer en faveur de la paix. En décrivant l'épouvante de la guerre, j'ai essentiellement voulu dénoncer la barbarie des hommes et rendre hommage à ses victimes. C'est ainsi que l'oeuvre est divisée en trois mouvements, qui, outre qu'ils retrouvent le schéma de la sonate classique, évoquent trois étapes fondamentales du processus guerrier : le combat lui-même, la mort et sa déploration, enfin l'espoir et la victoire ». Bien difficile de classifier Olivier Greif... Musicien classique ? Musicien contemporain ? Peu importe, sa musique est de toute beauté, fulgurante, et le musicien est par trop méconnu.

    Un beau soir de juillet 1999, Olivier Greif, présent une fois encore au Festival des Arcs, était venu assister à l'interpréation d'une autre de ses compositions, pour deux violoncelles : « La bataille d'Agincourt ». Même tension, même hypnose, même incroyable beauté... et mêmes réactions toujours aussi stupides d'un public décidément confit dans ses certitudes embourgeoisées. En sortant du chapiteau, j'ai pu apercevoir Olivier Greif parlant avec quelques uns de ses élèves et je n'ai pas osé l'aborder. Pourtant, dès le lendemain, je me suis rendu au secrétariat du Festival pour demander s'il serait possible de le rencontrer et de lui dire ce que je ressentais à l'écoute de sa musique. Trop tard, Olivier Greif avait quitté Les Arcs pour rejoindre la capitale qu'il habitait, quelque part du côté de la rue de Seine. Je ne repartis cependant pas les mains vides puisqu'un des responsables de l'organisation me donna son adresse et je me promis de lui écrire dès mon retour en Lorraine. Et les premiers mots de la lettre que je voulais lui adresser commencèrent à s'écrire en moi, petit à petit. Je n'aurais plus qu'à écrire tout ce que je voulais communiquer au plus près de mes émotions.

    Mais la vie est ainsi faite qu'alors qu'il m'aurait suffi de quelques minutes seulement pour coucher noir sur blanc des mots de passion, j'ai attendu, remis à plus tard ce courrier, par timidité peut-être, pensant que je n'avais pas encore trouvé les bons mots pour dire ce que cette musique provoquait en moi. Je commettais là une grossière erreur.

    Un matin de mai 2000, je feuilletais chez un marchand de journaux un magazine que pourtant je n'avais absolument pas l'habitude de lire (j'ai oublié lequel, peut-être était-ce L'Express ou Le Point) quand, l'ouvrant au hasard – j'ai toujours vu un signe étrange dans cette manière d'apprendre la triste nouvelle, comme si je devais d'une manière ou d'une autre, le savoir au plus vite – je lus qu'Olivier Greif venait de nous quitter et qu'il était mort chez lui, assis à son piano. Je pouvais oublier ma lettre à l'artiste et me confondre en remords. C'est idiot n'est-ce pas, mais c'est dans ces moments-là qu'on se dit que, peut-être, le moindre petit geste peut avoir une influence déterminante sur le cours des événements. Est-ce que la trajectoire de la vie d'Olivier Greif n'aurait pas été légèrement déviée s'il avait pu recevoir et lire ma lettre ? Il n'y a là aucune prétention de ma part, mais tout jusque-là semblait comme le fruit d'un étrange agencement des faits qui devait me conduire à lui faire part du choc que j'avais reçu en l'écoutant sur scène. Et moi, j'avais par mon inaction comme rompu le fil de ces événements.

    Depuis, je reste un peu comme orphelin de cette musique, et j'écoute souvent la « Sonate de Guerre » dans une version enregistrée en 2000 par le pianiste Pascal Amoyel. En effectuant quelques recherches, je viens aussi de découvrir un label (http://www.disques-triton.com/) sur lequel on peut trouver quelques trop rares oeuvres d'Olivier Greif enregistrées avec ou sans lui : Requiem, Chants de l'Âme, Le Tombeau de Ravel, Sonate de Requiem. C'est une bien mince consolation car à 50 ans, ce musicien avait encore tellement de choses à nous dire, tellement d'émotions à susciter en nous.

    Il fallait au moins que je lui rende ce modeste hommage.

    Pour en savoir plus : http://www.oliviergreif.free.fr/

    Ecouter un extrait de la Sonate de Guerre