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  • 50 !

    Madame Maître Chronique fête aujourd'hui même son cinquantième anniversaire, ce que ses airs de jeune dame ne laisseraient pas forcément deviner. Prise par ses habituelles occupations, elle ne m'a pas laissé d'autre choix, tout à l'heure, que de fêter dignement cet événement en invitant Mr Monstrueux à manger au restaurant. Puisque les femmes de la maison délaissent leurs hommes (rappelons que La Fraise est en exil à l'Eglise des Dunes et qu'à la faveur de quelques rares retours en sa Lorraine natale, elle nous préfère la compagnie so British de son Lad), ces derniers n'ont pas d'autre choix que de se serrer les coudes. Pas vrai ?
    Alors qu'est-ce qu'on dit ? Happy birthday, Madame Maître Chronique !

  • Contrastes

    Chroniques du Nancy Jazz Pulsations 2006 – Episode 5
    Vendredi 20 octobre – Salle Poirel – Nancy


    La Salle Poirel était comble en ce vendredi 20 octobre 2006. Toutes les soirées de cette édition 2006 du Nancy Jazz Pulsations se sont d’ailleurs quasiment jouées à guichet fermé et je me permettrai d’évoquer ce sujet dans une prochaine note. Le public au milieu duquel nous patientons m’étonne un peu. Il ne ressemble pas à celui qu’on voit en règle général fréquenter les festivals de jazz : ici se côtoient d’innombrables mamys et papys sur leur 31, et à glisser son oreille entre deux conversations, on devine aisément qu’il s’agit pour une bonne partie de l’assistance d’un moment inhabituel, ce petit monde va au spectacle et écarquille par avance des yeux émerveillés. Tant mieux, j’aime toujours que mes concitoyens s’extraient de leur chloroforme télévisé pour aller rencontrer la musique vivante. Et puis, alors que nous faisons la queue dehors, passent devant nous et entrent dans la salle toute les cohorte des invités d’une banque partenaire. Le genre de truc qui m’énerve : j’ai payé ma place et j’attends tranquillement ; eux non, et entrent avant l’ouverture des portes. Pas grave, pas grave…

    De toutes façons, il était inutile de s’énerver car le premier concert à venir, celui du quintette de Daniel Mille était plutôt placé sous le signe d’un certain recueillement. Cet accordéoniste, dont on recommandera l’écoute du dernier CD « Après la pluie » possède un sens inné de la mélodie. A ce sujet, je crois qu’il n’est pas inutile de rappeler à quel point justement l’idée même de la mélodie se doit d’être replacée au centre de la musique. On l'oublie parfois. Or, sans esbroufe, sans geste inutile, avec beaucoup de sérénité, Daniel Mille nous a interprété quelques thèmes splendides, au beau milieu desquels les silences ont aussi leur place, ce qui est une énorme qualité. Chez lui, l’urgence n’est pas de mise et l’on ressent une profonde émotion au moment où se font entendre des voix d’enfants qui jouent en introduction de la composition intitulée « Les Minots ». Cette musique est comme suspendue en l’air, un peu au-dessus de nos têtes et semble imprégnée d’une vraie sérénité. En relisant sa biographie, je découvre que Daniel Mille a fait appel pour son dernier disque à des musiciens dont il fut question ici récemment, tels Rémy Vignolo ou Eric Legnini. Je ne suis pas surpris, et je goûte rétrospectivement ces 75 minutes épurées en attendant de me replonger un peu plus tard dans l’univers un peu magique de ce grand monsieur.
     
    http://www.daniel-mille.com/

    Après cette si belle première partie, il allait falloir me convaincre de rester et ce n’est pas sans une certaine appréhension que je vis entrer sur la scène je ne sais combien de guitaristes (cinq je crois) accompagnés d’un contrebassiste : « Les enfants de Django » allaient faire déferler sur nous leurs torrents de notes, en arborant un sourire presque enfantin. Visiblement heureux d’être là, ils nous proposèrent un répertoire de jazz « manouche » dans la plus pure tradition, ce que Mr Monstrueux a l’habitude d’appeler « Les 24 heures du Manche ». Il m’est très difficile de commenter un tel concert : j’ai le plus profond respect pour tous ces musiciens, dont la sincérité et la gentillesse sont désarmantes, dont la virtuosité est flagrante mais… comment vous dire ? Je ne parviens pas à vibrer sur leur musique, il me semble plus honnête de l’écrire ici sans détour. « Minor swing » ou « Nuages » ne font pas partie de mes écoutes de chevet et je préfère laisser le plaisir d’en parler à celui ou celle qui sera mieux placé que moi. Une chose est certaine : le public, qui venait d’entendre exactement ce à quoi il s’attendait, et qui ne fut à aucun moment bousculé dans son confort auditif, a fait un triomphe à ses six musiciens. Ces derniers le méritaient amplement et tout était bien ainsi. Un joli de fête pour eux. Mais bon…

  • John le fou

    Chroniques du Nancy Jazz Pulsations 2006 – Episode 4
    Jeudi 19 octobre – Chapiteau de la Pépinière – Nancy


    Une carte blanche à John Zorn, héros de la scène jazz new yorkaise, c'est un événement hors du commun qui valait à n'en point douter un gros détour si besoin. C'est pourquoi, outre la compagnie de Mr Monstrueux (qui s'apprêtait à vivre 24 heures sans manger ni dormir tout en jouant sur scène, tout en faisant un aller retour à Paris et pour finir l'acquisition d'un canapé), j'eus le plaisir de recevoir à la maison un fan du saxophoniste, l'ami Kangou ! Les faits démontrèrent qu'il eut raison de venir car, de 20h30 à 23h45, nous allions vivre des instants fabuleux !

    Tout a commencé par une prestation en solo : armé de son seul saxophone alto, John Zorn nous a en quelque sorte raconté ses histoires. Derrière les stridences et les sonorités souvent inattendues (incluant celle d'un bec plongé dans un verre d'eau), il fallait entendre des personnages se chamailler, crier parfois quand ils ne pleuraient pas. On imaginait aussi que d'autres s'embrassaient. Mes voisins me firent part de leurs impressions qu'il me faut vous livrer ici : l'un me confia qu'il était abasourdi que, au-delà de cette improvisation presque parlée, il n'y avait dans le propos de John Zorn aucune répétition ; l'autre admirait la maîtrise parfaite de l'instrument, dans toutes ses tonalités. Une vraie performance, physique d'une part et imaginative d'autre part.
     
    Après une courte pause, John Zorn est revenu avec son quartet Masada acoustique : Greg Cohen (contrebasse), Dave Douglas (trompette) et Joey Baron (batterie) : un moment d'anthologie où souffla très fort l'esprit de l'inspirateur, le grand Ornette Coleman et où se mêlent des influences yiddish qui balaient tout sur leur passage. Ce concert fut comme un seul souffle, sans pause, nous étions embarqués avec le quartet vers des sommets dont il fut, avouons-le, très difficile de redescendre. J'ajouterai que je reste encore pétrifié d'admiration après le chorus somptueux de Joey Baron. Depuis qu'un beau jour de 1976, j'ai vu Magma sur scène, je reste en général sur ma faim lorsqu'un batteur nous propose un solo. Or, la prestation de Joey Baron fut si extraordinaire (tout y était : inventivité, musicalité, lui aussi à l'évidence nous contait une histoire) qu'elle va rester pour moi, c'est évident, un moment d'anthologie.
     
    Mais John Zorn avait décidé de nous achever avec un troisième concert, en trio cette fois - Pain Killer - avec le bassiste Bill Laswell et le batteur Tatsuda Yoshida. Est-ce l'effet de Masada ? D'un début de fatigue ? D'une proposition musicale moins étourdissante ? D'une rythmique un tantinet monolithique ? Pain Killer ne nous fit pas grimper vers des sommets aussi élevés que son prédécesseur et, pour débordante d'énergie qu'elle fut, cette dernière partie m'apparut comme en retrait malgré le déluge sonore qui nous était asséné. A réserver aux seuls amateurs de décibels...
     
    Au final, cette carte blanche à John Zorn fut une sorte de soirée OVNI comme j'en souhaite au moins une par vie à chacun d'entre vous. Et je dis un grand merci à John Zorn, qui travaille à notre survie en nous proposant un univers inconfortable certes, mais tellement passionnant. Une musique qui vous remue de l'intérieur et vous maintient en éveil.

  • Ahmad le Terrible

    Chroniques du Nancy Jazz Pulsations 2006 – Episode 3
    Mercredi 18 octobre – Chapiteau de la Pépinière – Nancy


    A l'annonce de la première partie - le trio réunissant André Ceccarelli (batterie), Joey Di Francesco (orgue) et Bireli Lagrene (guitare), Mr Monstrueux m'avait prévenu, surlignant son propos d'une moue un tantinet dubitative : je serais probablement déçu et il me faudrait probablement me contenter d'un super boeuf entre musiciens de grand talent qui nous proposeraient, à n'en pas douter, une série de standards... Hé hé ! Force est de reconnaître que le bougre n'avait pas tort. D'abord pour ce qui concerne le répertoire : ce fut effectivement une succession de standards (Nardis, Sophisticated Lady, Summertime, ...) interprétés avec brio mais sans cette étincelle de folie qui fait qu'un concert reste gravé longtemps dans nos mémoires. On sait où l'on est, on sait par avance où l'on va, mais on attend en vain le virage un peu brusque qui nous fera nous agripper à la portière dans la montée d'un col de haute montagne. Ici, c'est une conduite impeccable, la trajectoire est propre, la tenue de route excellente, mais... c'est conduite pépère tout de même. Et je le répète : ces trois artistes ont beau être de brillants instrumentistes, on est forcément déçu lorsque, happé dans l'ambiance si particulière du festival et plus particulièrement sous le chapiteau, le répertoire proposé n'est pas à la hauteur du moment. Autant on l'aurait volontiers dégusté dans un petit club de jazz en papotant tranquillement avec quelques amis autour d'une table, autant la même prestation dans ce cadre plus solennel semble un peu décalée. Et puis... je dois bien l'avouer, je reste toujours aussi insensible au jeu de guitare de Bireli Lagrene : virtuose oui, intsrumentiste de premier plan, oui encore mais... souvent trop de notes, comme s'il lui fallait impérativement combler tous les silences qui risquent d'interroger l'oreille de l'auditoire ! Ah, les charmes de l'entre notes ! Ici, il n'en fut pas question.
    Par conséquent, lorsque le second trio de la soirée fit son entrée sur scène, nous étions affamés de musique, bien loin d'être rassasiés par ce que nous venions d'écouter. Autant dire qu'avec Ahmad Jamal, nous allions changer de catégorie. Là, c'est un grand coup de piel au cul céleste qui, en quelques minutes, nous propulsa illico par dessus les nuages d'où les sphères musicales sont si belles à contempler. Le jeu de piano de ce grand monsieur (qui a dépassé les 75 ans je crois) est toujours aussi parfaitement identifiable, il martèle les touches avant de s'interrompre brusquement pour les caresser, les syncopes se multiplient, la complicité avec ses deux compères est jubilatoire. James Cammack tisse un énorme tapis de velours rythmique avec sa contrebasse pendant que l'infatigable Idriss Muhammad propulse cette belle machine rythmique avec cymbales et fûts (mention spéciale à sa tenue : béret blanc et lunettes rouges à larges montures qui lui donnaient un petit look façon Michel Serrault dans "La cage aux folles"). Nous avions enfin notre compte de musique. Ce fut un de ces moments de grâce dont on n'est jamais certain qu'on pourra les revivre un jour à nouveau. Et qui, vous vous en doutez, a filé à la vitesse de l'éclair. Comme toujours.